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La permaculture ne définit pas de mode de culture particulier.

« La permaculture est une méthode qui nous aide à concevoir l’aménagement de notre habitat. » Ainsi, nous pouvons choisir d’aménager notre jardin-forêt avec différentes techniques. La culture en cuvette, la lasagne-bed, la culture à plat sur BRF ou paillis, la culture sur buttes, la culture sur pente en escalier, la spirale… sont des techniques agricoles.

Une des techniques que je développerai aujourd’hui, est la culture sur buttes car elle présente de nombreux avantages :

buttefig 1

1- C’est joli ! Atout appréciable ! Elle peut se concevoir de la forme que l’on veut. En O, en U, en L, en I I, en toutes les lettres de l’alphabet, en vagues, en arc-en-ciel, en rond dans un rond dans un rond… Dans un coffrage en bambou, en bois, tressé… Elle peut représenter un bonhomme, un bateau, un mot, une phrase,… vue du ciel.

rondfig 2

2 – Elle évite de trop se baisser : en effet, une butte peut atteindre jusqu’à 1m10 de hauteur en son centre si elle est coffrée par des bordures de 60 cm de haut. Plus elle sera haute, plus elle nécessitera de travail lors de sa mise en place, certes, et plus elle sera ergonomique (problèmes de genoux, de dos, personnes handicapées) et productive. De plus, la hauteur permettra un meilleur enracinement. Cependant, cette hauteur a des limites, trop haute, les pentes seront trop abruptes et les plantes auront du mal à pousser. Il est même possible de s’asseoir si deux buttes sont installées parallèlement à 80 cm de distance, ainsi que sur l’exemple ci-dessous, photo de droite, de buttes en cours de construction :

BUTTE-BAISSERs-asseoir-entre-deux-buttesfig 3 et fig 4

3- Elle augmente la surface de culture et de captation de l’oxygène, et donc elle augmente le rendement, surtout si un schéma de culture est étudié au préalable.

schema-previsionnelfig 5

4- Elle est un bon moyen de drainage en cas de fortes pluies, et d’accommodation aux rayons du soleil. Ainsi, on peut choisir une culture adaptée sur l’un ou l’autre des versants selon l’inclinaison de la pluie, selon le vent, selon la course du soleil. Dans le dessin ci-dessous, on peut planter les salade à l’est par exemple :

exposition-butte fig.6

5- Elle enrichit le sol au fil des années, et permet donc une modification de n’importe quelle terre. Aucun apport de compost car les matériaux insérés lors de sa construction ainsi que le paillage, ou mulch, inhérents à la butte, et le compost permanent de surface (sous la paille) favorisent l’autofertilité de la butte et le travail des microorganismes. Et puis, on favorisera la culture de plantes fertilisantes et azotées telles la consoude, la vesce, les fabacées,… Cependant, un apport de fumier peut être effectué après des cultures « gourmandes ».

butte-forrerinterieur-buttefig 7 et fig 8

6- Elle participe à la philosophie du « non-faire » telle que définit par Masanobu Fukuoka, père de la permaculture. Pas de travail du sol : une fois la butte installée, seules les cultures et les microorganismes travaillent le sol. Pas besoin d’aérer le sol car il n’est pas piétiné. Diminution du désherbage chaque année : si la terre n’est plus retournée, les graines en dormance dans le sol ne sont plus remontées à la surface et ne germent plus. Pas de traitement : la richesse de la butte et les associations de cultures diminuent maladies et nuisibles en favorisant les microorganismes et les insectes prédateurs. Peu d’arrosage : le paillage, ou mulch, évite l’évaporation de l’humidité.

non-fairefig 9

La butte n’est pas simple à construire, cependant, faite à plusieurs dans le cadre d’une formation, ou entre amis, elle peut être rapidement montée.

LES ETAPES DE LA CONSTRUCTION D’UNE BUTTE dans un potager en ville :

1- déterminer l’emplacement de la butte en le traçant matériellement, par exemple en défrichant le sol. La butte doit être, de préférence, orientée parallèlement à l’axe nord-sud, comme sur la figure 5 ci-dessus. Si l’on décide d’en créer deux parallèles, laisser 80cm minimum entre les deux, et jusqu’à 1m50 en micro-agriculture biointensive (agroécologie).

2- passer simplement la grelinette sur le sol défriché. Bien l’arroser au préalable si la terre est trop sèche. Ou bien attendre qu’il ait bien plu avant de greliner.

3- matérialiser la butte en plantant des bâtons et en tirant des cordeaux. Elle doit mesurer de 1m20 de large au minimum à 1m70 de large au maximum. Elle peut être de la longueur que l’on voudra.

4- planter à l’extérieur du cordeau, tous les mètres, des petits piquets taillés en pointe au préalable pour y fixer les planches du premier étage, comme sur la photo ci-dessus figure 4. Monter le coffrage tout autour, avec des planches ou des gros rondins de bois. Puis, à chaque coin, fixer des tasseaux de 7,5 cm2 et 70 cm de hauteur ; les enfoncer de 10cm après avoir fait un trou à la barre à mine. Finir le coffrage à 60cm de haut. Il est possible d’utiliser des tiges filetées à béton installées à l’extérieur autour du coffrage, plus faciles à enfoncer que les tasseaux, surtout en sol caillouteux.

5- faire une expédition dans un bois ou une forêt avec la camionnette ou la remorque, et prélever des bûches tombées au sol et commençant à se décomposer, ou fraiches. Prendre un max de brindilles et de feuilles mortes en même temps… s’excuser auprès des petits habitants que l’on déplace…

6- au fond du coffrage, placer les grosses buches. Puis recouvrir avec les feuilles, des copeaux ou BRF, des tontes d’herbe, les brindilles. Bien reboucher les trous. Par exemple, si on vient de procéder à la taille des haies, on peut passer cela sous la tondeuse, puis l’incorporer généreusement dans la butte. Bien tasser pour éviter les poches d’air, nuisibles aux racines des futures cultures.

7- se renseigner sur les chantiers voisins d’habitation en cours de construction – cela ne manque pas – et demander à récupérer de la terre. Certains la donnent.

8- verser la terre sur la butte en enlevant les cailloux plus gros que 5cm. Bien la répartir en bouchant les trous. Ne pas hésiter à monter la butte, plus elle est haute (sans excès), plus il y a de place pour les racines, et plus la butte est confortable pour nous ainsi que les organismes du sol.

9- aplanir le sommet de la butte en exerçant des mouvements circulaires. Opération facultative : répartir du compost bien mûr sur 3cm, attention à la provenance du compost, n’utiliser que celui que l’on a personnellement fabriqué ou dont on est sûr. Le compost de la mairie est à proscrire. Ou mieux, répartir du lombricompost.

10- installer le goutte à goutte. Si la largeur de la butte est supérieure à 1m40, il faudra poser une planchette à 25 cm du bord pour pouvoir y poser le pied (si la butte fait moins de 50cm de hauteur), ou y poser la main, afin d’atteindre le centre de la butte sans la tasser. Photo ci-dessous :

butte2elevation-recup-eau fig 10 et fig 11

arrivee-eaufig 12

11- enfin, recouvrir de 15cm de paille, de foin, de BRF, y compris les allées autour de la butte. Si les allées étaient laissées sans protection, elles absorberaient l’humidité de la butte qui s’en trouverait plus vite desséchée. Or l’intérêt est bien d’arroser le moins possible. Cette couverture est essentielle sur une butte autofertile pour limiter l’évaporation de l’eau tout en laissant passer la pluie ainsi que l’oxygène. Le paillage va préserver l’obscurité dont les microorganismes ont besoin. Il va protéger également des chaleurs et canicules, ainsi que des gelées ou du givre. Bien sûr, un tel écosystème va attirer toutes les sortes d’insectes. Il faudra vivre en symbiose.

12- mettre en culture : planter ou semer par ci par là, des fabacées pour éviter la faim d’azote, bien les répartir sur l’ensemble de la butte. Il suffit d’ouvrir le paillis et de le laisser légèrement en cuvette autour des plants pour ne pas les étouffer. La butte doit être entièrement colonisée par des racines, selon un schéma d’association de plantes compagnes afin de limiter maladies et nuisibles. Si les graines sont trop petites, effectuer un semis en petits pots, et planter quand la taille du plant le permet. Les bulbes peuvent aussi y être intégrés. Attention aux plantes qui se ressèment toutes seules.

Cultures possibles sur buttes :

Les aromates, les capucines, tagètes, oeillets d’Inde, rose trémière ou maïs ou topinambours pour servir de tuteur et apporter de l’ombre, toutes les liliacées (ail, oignons,…)pourvu que le compost ou fumier installé sous la couche de paille soit bien mûr (on peut attendre 6 mois pour être sûr), la consoude (dont on laissera les feuilles sécher sur place, elle est un bon remède officinal), les brassicacées ou crucifères, les fabacées ou légumineuses, les engrais verts, des fleurs, et même les adventices dont certaines se mangent en salade comme le pissenlit (avant la montée en graine, on coupera au pied ces adventices qu’on laissera sur place…

13- maintenir la butte en laissant les déchets de récolte sur place, ceci afin de nourrir la butte, les microorganismes. Il est possible de les broyer avec la tondeuse avant de les incorporer comme festin pour les micro bêbêtes. Il ne faut pas arracher les racines du sol, sauf carottes… Lorsque l’on récolte, on coupe à la base de la tige. La racine reste dans le sol, toujours pour nourrir et pour laisser les galeries aux petits êtres vivant dans la butte et qui l’aèrent. Au printemps, pour que la terre se réchauffe plus vite, remonter sur la butte le paillage des allées. Puis pailler de nouveau les allées avant les sècheresses.

14- sur la photo ci-dessous, des tuteurs ont été plantés au centre de deux buttes pour monter un treillis sur lequel vont courir des cultures « lianes ». A la base de ces tuteurs, l’humidité peut facilement s’échapper. Prendre soin de bien recouvrir les pieds avec le paillis, et vérifier l’état de la terre régulièrement. Eventuellement, installer à chaque pied, des bouteilles d’eau en plastique coupées et posées à l’envers, remplies d’eau. Ou encore, mieux que le plastique, des ollas aussi appelés oyas.

L’intérêt de ces treillis est de procurer une légère ombre à la butte. Le gros cagnard d’été n’est pas forcément bon pour les cultures, qui se sentant menacées, risqueraient de monter plus vite en graine.

butte1fig 13

15- il est fortement recommander de cultiver des arbres fruitiers près des buttes, de manière à les protéger du vent, par exemple, ou de la canicule par une ombre partielle. Les racines des plants bien à l’abri dans les buttes ne rentreront pas en compétition avec les racines des fruitiers.

Il existe d’autres méthodes de fabrication et mise en place de butte si l’on réside éloigné des villes et des constructions. Je vous ai présenté un exemple parmi d’autres. On peut, par exemple, utiliser la terre des allées et la remonter au centre de la butte. D’autres façons de faire sont possibles.

Voici une petite vidéo rapide :

https://vimeo.com/100432626

Les figures N°3, 4, 5, 10, 11, 12 et 13 sont extraites du livre de Richard WALLNER « Manuel de culture sur butte », qui expérimente sur l’écolieu « Au Petit Colibri », et dont voici le site : http://aupetitcolibri.free.fr/EcolieuAUPETITCOLIBRI.html

MANUEL DE CULTURE SUR BUTTE